dimanche 10 août 2008

Le Chili et l'Argentine

Eglise blanche sur fond de ciel tres bleu: L'incontournable petite eglise de San Pedro de Atacama, l'une des plus anciennes d'Amerique du Sud.

Si l’entrée en Bolivie ne fut pas fracassante, l’arrivee au Chili nous fit un choc.

D’abord le choc, puis le silence agreable des roues rencontrant a nouveau une belle couche de bitume 500m apres un poste frontiere situe au milieu de nulle part dans un décor martien de sables et de montagnes rougeatres, a 4000m d’altitude. Puis, ensuite, le choc d’une fouille complete des sacs par un organisme d’inspection agricole, a l’entrée de San Pedro, charge de debusquer les viandes, fruits et produits laitiers d’ailleurs, tous interdits au Chili qui pense ainsi preserver son agriculture et son economie. Le troisieme choc, le plus fort, fut celui des prix. Celui-ci nous assoma presque tant la difference du cout de la vie avec la Bolivie est forte. Si 20 euros vous ouvrent les portes d’un logement luxueux dans beaucoup d’endroits de Bolivie, c’est ici, a San Pedro de Atacama, les prix d’une chambre miteuse et bien froide.

Vous l’aurez compris, San Pedro de Atacama fut notre premiere etape dans le pays d’Allende et de Neruda. Situe en plein coeur du desert d’Atacama, au milieu de belle curiosites naturelles (que certains decriraient comme des gemmes ou des joyaux, mais alors sans avoir vu la region du Salar d’Uyuni, d’ou nous venons), San Pedro est “l’ENDROIT” touristique du Nord Chili. Petit village a l’allure tres Western, au joli petit centre pietonier auquel il ne manque que chevaux et hors la loi pour se croire dans un film de Sergio Leone, ils ont su y garder une ambiance relachee (la vie n’y demare qu’a 9h30) et visuellement differente. Une ambiance qui se paye pourtant cash dans les resto ou les auberges du coin.

Si nous n’y recherchions pas les incroyables splendeurs du sud ouest bolivien, les environs recelent neanmoins quelques lieux remarquables.

La Gorge du Diable, labyrinthe compose d’etroits et hauts canyon de sable et de cristaux salins meles, dans lesquels on peut, dit-on, rencontrer le malin en s’y perdant. Veritable dedale, qui mene apres plus d’une heure de marche vers uens sorte de vallee centrale, plus large, d’ou partent de nombreux embranchements peu ou pas visites… Nous en sortirons apres plusieurs heures, sans avoir fait la rencontre du suppose maitre des lieux, mais les yeux remplis de l’etincellement des inombrables cristaux se sels sous les feux d’un soleil de plomb et d’un ciel azure.

La vallee de la Lune est sans doute le lieu le plus connu des environs, vaste ouverture dans le chaos rocheux, on dirait un immense cratere lunaire, decoupe dans des roches bariolees de blancs et de roses, aux formes angulaires et violentes, que traverse d’un cote une immense barriere de sables rougeatre. Nous avions rejoint ce “must do” en bicyclette, apres un bref passage par d’anciennes mines de cuivre, afin d’y admirer les ombres et tons changeants lors d’un coucher de soleil, paroxisme du cliché touristique local.

Photos de San Pedro de Atacama:
http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee/SanPedroDeAtacama

Quittant vite ces parages couteux, nous avalerons pres de 2000km en deux journees de bus, vers Santiago, la capitale. Notre arret sera bref dans cette ville qui a vecu les heures les plus sombre de ce que reserve la reaction capitaliste face a la mise en place d’un socialisme pourtant modere. Lors d’un autre 11 septembre, l’armee dirrigee par un certain Pinochet bombardait le palais presidentiel et “suicidait” Allende, pour ensuite retablir pleinement tous les droits de proprietes privees (de preference enormes et pour quelques uns seulement) et d’exploitation des travailleurs, en plongeant le pays dans de longues annees de terreur, d’oppression, de meurtres et de disparitions jamais ellucidees. Pablo Neruda et Victor Jara, deux artistes de genie, ont quittes ce monde dans les premiers jours de la dictature (l’un sous la torture mentale, l’autre physique), nous privant a tout jamais de leurs regards critiques et de leurs lumieres.

Bien que le meurtrier en chef soit mort sans jugement, l’histoire a sa revanche: Ses descendants (rendus riches par les extorctions se leur sinistre parent) sont mis au banc de la societe, leurs comptes en banques soigneusement examines, sinon bloques. Une statue d’Allende trone a present devant le ministere de la justice, qui poursuit “enfin” les responsables restants des “enlevements permanents” (puisqu’il ne peuvent pas etre juges pour les meurtres, ils le seront pour les disparus dont le sort n’est pas “officiellement” connus). Et le pays a de nouveau une presidence socialiste en la personne de Michele Bachelet.

Nous serons heberges chez Camilo, neuveu d’un bon ami et camarade ancien exhile politique du pays, qui partagera avec nous sa chambre d’etudiant et les notes envoutantes qu’il tirera de son piano en bon academitien.

Photos de Santiago:
http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee/Santiago

1000km plus bas, c’est Mary, mere de Camilo et soeur de l’ami Teo, qui nous reservera un accueil incroyable, presque familial ou fraternel, a Puerto Montt. Partageant sa maison entre lieu de vie et magasin de deguisements, Mary nous permettra de poser nos sacs quelques temps en toute confiance et de respirer enfin en dehors des incertitudes du voyageur, a la rencontre des siens, de son histoire, et de celle du pays tout entier. L’histoire d’une famille militante et idealiste, qui s’est eparpille sur la surface du globe apres le deces innopine du pere suite a une “visite” des soldats bottes et casques du General P. L’histoire, aussi, d’une mere qui, restee seule au pays, a confronte la fatalite et a eduque seule 4 enfants durant les plus noirs moment du Chili. Bref, quelqu’un pour qui mon respect et mon affection sont immenses.

Au nord, la ville est bordee par la region de lacs, melange de surfaces aquatiques mirroitant les grands volcans, cones parfaits et enneiges, qui les separent, et d’ou coulent des torrents impetueux d’une eau si bleue en provenance des hautes neiges…

Les vieux quartiers de la ville, anciennes maisons ou echoppes de pecheurs ou poissoniers, transformees aujourd’hui en marche plus ou moins touristique, encore parseme de gargotes traditionnelles qui vendent le curanto (plat typique mellant poissons, fruits de mers et saucisses grasses), font penser au village de Popeye du film qui lanca l’exellent Robin Williams.

Photos de Puerto Montt:
http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee/PuertoMontt

L’ile de Chiloe, jadsi refractaire a tout ce qui venait du continent, conserve plus encore ce caractere de village de pecheur a la Popeye avec ses maisons aux murs et au tuiles en bous d’alerce peints de couleurs autrefois vives. Nous y degusterons un temps bien “de chez nous” entre pluie, grisaille et vent.

Photos de Chiloe:
http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee/Chiloe

Laissant une premiere fois Mary et son compagnon, le tres sympathique Hardy, nous nous embarquerons sur le Puerto Eden a destination du Sud de la Patagonie. Cinq jours et quatre nuits de navigation dans les canaux patagoniens, fjords immenses qui feraient palir de jalousie les scandinaves, avec un passage penible par le Golfe des “peines” tristement connus pour faire decouvrir “l’exquise sensation du mal de mer”, et ce meme aux marins les plus endurcis, nous menerons de Puerto Montt a Puerto Natales en passant par Puerto Chacabuco, Puerto Eden (du meme nom que le navire), a cote du Cotopaxi, vieille epave fantome fichee sur un eperon rocheux, et a travers le Paso White, un etroit passage qui ne laisse qu’un dizaine de metres de chaque cote du bateau pour la manoeuvre…

N’etants que vingt a bord (contre plus de 220 en ete), le capitaine, un petit homme enjoue, interessant, mais aussi completement maitre de son navire, laissera libre acces a la passerelle.

C’est a son bord que nous penetrerons sur le territoire du Grand Champs de Glace Sud, troisieme plus grande etandue glaciere de la planete, l’une des seules qui progresse encore chaque annee, et ce de facon spectaculaire. Celui-ci conquiere pres de 200 metres par an, avallant tout sur son passage, arbres, rochers et cours d’eau.

Photos des canaux Patagoniens:
http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee/CanauxDePatagonie

C’est avec une certaine emotion que nous quitterons le bord du Puerto Eden pour mettre pied a terre a Puerto Natales par une journee radieuse mais glacee. Ce lieu rappelant des images de villages nord canadiens est aussi la frontiere avec le parc naturel Torres del Paine, dans lequel nous avons choisi de marcher et de camper trois jours en compagnie de cinq sympathiques francais rencontres a bord.

Fous que nous sommesde vouloir affronter les rigueurs de l’hivers austral, et celui-ci nous accueillera dignement le premier jour. Cinq heures de marche, le visage baisse, sous une pluie fouettante et un vent de face de pres de 70km/h. C’est dire si nous arriverons trempes jusqu’a la moelle au campement! Le temps de monter la tente et d’essayer vaille que vaille de secher les affaires, nous avalerons un repas rapide avant de nous coucher transis.

Le reveil sera blanc, une epaisse couche de neige aura remplace la boue et la pluie, mais le ciel reste charge. Quoiqu’encore fortement evente, la pluie a fait place a la neige, et la journee se passe dans un décor enchanteur entre lacs d’eau glaciale et montagnes se perdant dans la brume, le tout couvert d’une couche de neige fraiche s’epaississant sans cesse. A mi chemin, de gros glacon d’un bleu presqu’artificiel, style curacao, flottent nonchalement sur le lac Grey en contrebas. Grands Icebergs venus du nord qui s’echouent sur les rivages, ou ils fondent jusqu’a disparition, d’immeubles de glace a goutte…

Immense mur bleu barrant l’horizon, le but de notre equipee apparaitra au loin: Le glacier Grey! L’un des bras descendant du grand champs de glace sud. D’un bleu pareil a celui des icebergs don’t il est le pere, le glacier Grey, a la paroi haute de nombreuses dizaines de metres craque et recraque de facon sonore. Impressionant, vraiment impressionant!
L’ultime journee sera notre recompense, belle et calme sous le tapis blanc. Les montagnes spectaculaires du parc se devoilent sous leurs robes de neige satinee. Le décor feerique nous offrira en prime des renards sauvages et des condors de sucroit.

Photos du Torres del Paine:
http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee/TorresDelPaine

De retour a la civilisation, l’hivers a pris ses pleins droits, et la route jusqu’a Punta Arenas ne sera qu’une couche ouateuse, que devra apprivoiser lentement le bus avant d’arriver sur les bord du detroit de Magellan. Notre route longera ensuite celui-ci jusqu’a la frontiere d’Argentine, qu’il nous faudra franchir trois fois en tout, a cause d’un trace territoriel peu heureux, avant de pouvoir atteindre le bout du monde.

Ushuaia, le bout du monde, la ville la plus australe de la planete, se livrera a nous dans toute sa splendeur hivernale. Entouree de montagnes alpines chargees comme les lanetours de l’accumulation soyeuse des innombrables flocons tombes recement, la ville et un port important qui a des aspects scandinaves ou suisses, plutot que latimo americain. De l’autre cote du canal de Beagle, 4000km plus bas, c’est le Pole Sud. La frontiere de l’antarctique n’est, elle, qu’a un millier de kilometres… Pourtant ce n’est pas cette fois-ci que nous irons chatouiller la banquise et les pingouins.

Photos d'Ushuaia:
http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee/Ushuaia

Tournant a nouveau nos pas vers le nord, la route, toujours blanche, nous ramenera vers Puerto Montt en passant a travers des lieux aux noms evocateurs: El Calafate, Bariloche,… Tous profondement plonges dans l’hivers eux aussi.

Mary nous accueillera de nouveau quelques jours chez elle avant que nous ne repartions vers le Nord encore, vers Santiago, d’ou doit decoller l’oiseau de fer qui nous enmenera sur Rapa Nui, l’Ile de Paques…

Photos du retour vers Puerto Montt:
http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee/RetourVersPuertoMontt

Pour les impressions generales, le Chili fait l’effet d’un retour vers la modernite qui nous semble naturelle en Europe. Le contraste avec la Bolivie, et le Perou dans une moindre mesure, est saisissant. Les routes sont en bon goudron, entretenues et larges, favorisant une mobilite fluide et rapide. L’economie semble prospere et le niveau de vie beaucoup plus eleve qu’ailleurs dans cette partie du monde. Des droits des travailleurs ont ete reinstaures et le pays met en place des mesures sociales.

Mais, bien sur, le rose absolu n’existe pas! Des lieux jadis plus ou moins preserves sont en proie aux assauts quotidiens de milliers de touristes. C’est le cas de la vallee de la Lune, dans laquelle nous etions une quinzaine pour admirer le couche de l’astre il y a presque 11 ans jour pour jour, contre sans doute 300 a 400 personnes aujourd’hui.

Le cout de la vie a explose pour le voyageur, et il faut imaginer l’impact sur les gens vivant ici, dont les revenus n’ont parfois augmentes que marginalement…

De plus en plus de laisses pour comptes se retrouvent pieges dans une economie ultra liberale, et les socialistes au pouvoir ont encore peur d’instaurer des mesures trop radicales en pensant au spectre du passe, que fait planer une armee encore trop presente… Le theme de la dictature est encore tres souvent tabou. Des generations de chiliens ont ete eduques dans la crainte et dans le silence. Beaucoup s’y murent encore devant les questions a ce propos.

Si l’economie est forte, elle a en grande partie profite du malheur des argentins, puisque bon nombre d’investisseurs etrangers ont retire leurs billes de ce pays lors du crash, pour les placer au Chili voisin.

Le pays est fort, helas la solidartite envers ses voisins ne l’etouffe pas. Les restrictions agricoles envers ses pays limitrophes limitent severement les debouches economiques de grands producteurs fruitiers comme la Bolivie. Et si Evo et Michele sont socialistes tous les deux, l’un est radical et l’autre semble pro americaine.

Pourtant de nombreuses avancees sont faites dans ce pays qui est le plus moderne d’amerique latine. Les anciens tortionaires se retrouvent de plus en plus frequement au banc des accuses. Les anciens supporters du “general” se taisent a present ou immigrent a Paris, et de plus en plus de gens osent enfin sortir du long silence.

Des droits indigenes, humains et sociaux sont remis progressivement en place. Et la conscience du milieu naturel semble la plus elevee de cette partie du continent. Parcs nationaux et reserves naturelles jouissent de bons budgets et d’une infrastructure adaptees a nos standarts.

Le travail d’une Michele Bachelet est hardu, mais de plus en plus de camarades reviennent vers le parti socialiste chiliens. Un parti qui, etrangement, chante la Marseillaise comme hymne, et non l’Internationale, jugee trop communiste.

Je lui souhaite bonne chance car j’ai appris a aimer le Chili. Beaucoup plus qu’il y a 11 ans…

Toutes nos photos sont visibles sur: http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee

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