lundi 6 octobre 2008

Rapa Nui, l'Ile de Paques

Crepuscule sur une civilisation...

Après les rigueurs de l’hiver austral et des -15 degrés habituels, le climat tempéré de l’Ile de Pâques nous fit l’effet d’une bouffée de chaleur. Chaleur en apparence tout de suite communiquée par notre hôte, Estéban, un des fils de Marie de Puerto Montt, qui nous accueillera à l’aéroport en nous passant des colliers de fleurs atour du cou. Anthropologue, il était venu travailler sur l’Ile pour le parc national, emmenant avec lui sa femme et son fils. Il y est reste après la fin de son contrat, vivant de petits boulots et comme guide touristique.

Nous avions une semaine sur l’ile, petit bout rocheux de 28km dans sa plus grande longueur, perdu au milieu du Pacifique, à 4000km des cotes Chiliennes et à 3000 de Tahiti. Pourtant, malgré son isolation, l’Ile exerce une forte attraction sur un nombre sans cesse grandissant de touristes, le plus souvent en gros tours groupes, de voyageurs et autres baroudeurs. Tous ces gens, nous y compris, accourent ici a la rencontre du soi-disant “mystère de l’ile de Pâques”.

Entre 600 et 800 statues de grandes tailles, appelées Moais, se retrouvent un peu partout sur l’ile, côtoyant d’autres ruines, murs cyclopéens et de nombreux pétroglyphes. Quelle civilisation incroyable les a édifies, si loin de tout? D’ou venaient-ils? Pourquoi a t’elle disparu, et comment? Telles sont les questions habituelles des visiteurs de Rapa Nui, le nombril du monde, l’autre nom de l’ile. Si les hypothèses de réponses les plus probables paraissent moins excitantes que les questions, la simple présence massive de ces Moais, ou que l’on regarde sur cette ilot volcanique balayé par les vents suffit à plonger le voyageur dans une frénésie de la découverte.

L’histoire habituellement racontée parle d’un roi légendaire, Hotu Matua, qui serait arrivé avec son people à bord de grand canoës de mer, aux alentours de l’an mil (de notre ère). Ils auraient colonisé l’Ile, alors couverte d’arbres, et auraient commence à reproduire leur culte des ancêtres avec la pierre locale. Les villages se différencièrent, chacun ayant son Ahu (plateforme), parfois surmonté de Moais, regardant le village, et entrèrent en compétitions en fabricant des statues de plus en plus grandes, sous l’idée générale de “mes ancêtres sont mieux que tes ancêtres”... Quelque part Durant le 17eme siècle, un conflit accompagne d’un appauvrissement des ressources éclata, et les Moais furent jetés a terre ou simplement couchés. A peine un nouveau culte, celui du Make Make et de l’homme oiseau, englobant toute l’ile, vi le jour, que l’homme blanc arrivait sur ses bateaux, sonnant le glas de cette civilisation.

Sur 8 jours, nous en avons passé un a l’abri de la pluie chez nos hôtes, endurant les tensions internes d’un couple paraissant mal en point et peu heureux, et 7 autres à battre la sublime campagne rugueuse, mais inspiratrice, à la recherche des traces innombrables laissées par cette civilisation d’origine polynésienne dont les représentants ont presque disparus sous les coups des esclavagistes ou autres baleiniers passant par la au 18eme et 19emes siècles.

Sans décrire chacun des lieux visites, afin d’éviter une lecture longue et fastidieuse, voici néanmoins certains des lieux évocateurs que nos pieds ont foules.

Ahu Akivi, plateforme avec ses 7 Moais “regardant la mer” et qui représenteraient les 7 premiers explorateurs envoyés par Hotu Matua (rien n’est moins certain), que nous avons rejoins en passant a travers des champs de laves remplis de ruines de « maisons bateau » et de pétroglyphes représentants des tortues, étoiles, bateaux,..., sous la guidance de notre hôte Estéban par un beau dimanche ensoleille.

Ana Kai Tangata, et de nombreuses autres cavernes perdues, immenses et anciens tubes de lave courant sur des centaines de mètres sous la croute volcanique, signales par seulement quelques touffes plus épaisses. Car c’est à l’ abri des grottes effondrées que les jeunes arbres trouvent leur seule protection contre le vent, survivent et poussent.

Orongo, site cérémoniel compose de nombreuses “maisons” en pierre, situe sur une des lèvres éventées du cratère du volcan Rano Kau, au fond duquel repose un lac marécageux, et qui était, une fois l’an, le centre de toutes les attentions de l’ile lors du concours de l’homme oiseau, et du culte du Make Make. Durant le concours, les compétiteurs devaient descendre un flanc de falaise, nager jusqu’a un ilot rocheux dans une eau froide et malgré un fort courant, attendre l’arrivée des oiseau migrateurs, et essayer d’être le premier a trouver et a ramener un œuf. Celui qui gagnait devenait “l’homme oiseau” pour un an, et durant ce laps de temps son village dirigeait littéralement l’ile. Cette pratique serait survenue après la chute des Moais, et le soi-disant conflit.

Ahu Vinapu, avec ses Moais encore face contre terre, couches délibérément (c’est une des théories actuelles) ou renverses sauvagement, lors de “l’effondrement” ou de la mutation de la civilisation Rapa Nui, comme ce fut le cas partout ailleurs sur l’Ile. Un très beau site en bord de falaise maritime, qui mystifie encore certains chercheurs avec ses murs cyclopéens dont le style fait fortement penser a ceux de Cuzco, capitale des Incas. Murs qui ont conduit Tor Heyerdhall à échafauder sa théorie, a présent rejetée, selon laquelle les rapa nui étaient d’origine sud américaine.

Anakena, lieu légendaire de l’arrivée du roi Hotu Matua, ou se trouvent les 1er Moais relevés par Heyerdhall, sur leur plateforme jouxtant une sublime plage de sable rose bordée par la dernier palmerais de l’ile. C’est le cliché-illusion des tropiques...

Ahu Tongariki, la ou se trouvent les plus grands Moais jamais dressés (et redressés dans les années 50 par une équipe japonaise). 15 immenses statues, avec leurs moues typiques, leurs grands nez, leurs longues Oreilles, certaines avec leur pukao (chapeau de pierre rouge), vous dominent et vous surveillent du haut de leur bonne dizaine de mètre, et plus...

Pour finir par le volcan Rano Raraku, la carrière aux Moais, autour et au sein duquel reposent encore des dizaines de géants de pierre non ou plus ou moins achevés... Le plus grand d’entre eux, encore accroche a la paroi, aurait mesure 21m a sa naissance. Apres Orongo sur les bords du Rano Kau, le volcan Rano Raraku est l’autre point focal de la civilisation de l’ile, l’autre volcan avec un lac en son centre. Deux lacs, deux unique points d’eau permanents, le vrai trésor des rapa nui, leurs sources de vie.

Entre ces lieux, beaucoup d’autres se livrent aux visiteurs prêts à s’écarter un peu des sentiers battus. Les mountains bikes prêtés a cet effet par Estéban seront nos fideles coursiers et nous mèneront de ruines en ruines dans ce qui a du être pour Mélanie un véritable marathon des vieilles pierres.

Pourtant cette ile ne se résume pas qua son incroyable collection de grandes statues énigmatiques, c’est aussi un lieu sauvage et rude d’une incroyable beauté. Entre monts volcaniques de toutes les tailles, anciens champs de lave aux grands blocs de basaltes noirs, falaises, péninsules, ilots et un centre assez boise, entourée par des eaux tumultueuses, aux couleurs vives et nuances, qui se fracassent contre les roches côtières, parfois juste a cote des ruines oubliées, dans d’incroyables explosions d’écume blanchâtre, le tout sous des cieux sans cesse changeants, qui passent de grands nuages blancs a rayons de soleil et lumières superbes au gré d’un vent permanent, c’est un délice pour les yeux.

Ruines nombreuses et nature majestueuse, c’est dire combien l’archéologue voyageur que je suis a apprécié se retrouver à nouveau dans cet endroit envoutant...

Au niveau des impressions générales, les choses ont bien change depuis mon premier passage il y a 11 ans presqu’exactement.

Le tourisme a explose, les 10000 visiteurs par an de jadis ont gonfles jusqu’a 60000 l’an passé, amenant leur lot d’exigence et d’influences. Pas un jour ne passe sans être dépassés par de nombreux tours bus bourres à craquer, la ou avant on pouvait avoir un site pour soi seul.

L’attitude des locaux s’est muée d’amicale et accueillante en purement commercial (c’est à dire que l’on ressemble a des dollars ambulant pour eux), avec l’apparition de dizaines de nouveaux hôtels, restos, et pseudos guides racontant souvent vraiment n’importe quoi (non, même si j’aime les romans de science fiction, les Moais n’ont pas été faits par les descendants du people Mu ou atlante, ni par des extraterrestres désireux de s’essayer a la sculpture monumentale. Jusqu’a preuve du contraire...)

Les prix ont explosés, tant pour les visiteurs que pour les locaux. Tout coute 3 à 4 fois plus cher que sur le continent. Le camping libre et gratuit à coté des postes de gardes parc, et des Moais, sous la voute étoilée à la chaleur d’un feu de camp, est aujourd’hui formellement interdit, résultat d’un lobbying féroce des hôteliers locaux, accusant le parc de concurrence déloyale, malades a l’idée qu’une petit poignée de dollars puisse ainsi leur échapper. Finie donc la rencontre avec de charmants gardes vous invitant a partager un repas fait de magnifiques poissons ou langoustes pêchés par les soins de l’un d’eux...

Du bon coté (c’est relatif), les sites principaux, jadis libres et ouverts, se sont garnis de sentiers obligatoires desquels il ne faut même pas penser s’écarter. Précaution essentielle devant les déprédations infligées par des hordes de touristes se croyant tout permis parce que payant chers, assaillant quotidiennement et sans grands respect ces lieux exceptionnels.

A propos de cette véritable invasion touristique, aidée par le film “Rapa Nui”, Estéban nous racontera certaines anecdotes croustillantes:

Il semble qu’après la sortie du film dans les salles, de nombreuses touristes de la bourgeoisie chilienne ont commence à se ruer vers l’Ile de Pacques, imaginant une ile paradisiaque a la polynésienne. Certaines viennent pour les plages et la chaleur, et repartent incroyablement déçues “parce qu’il n’y a rien à faire ici”. Alors que d’autres, également peu attirées par les ruines “et ce genre de machins la”, viennent en nombre à la recherche d’un peu “d’amour tropical”, excitées par le cliché du male viril, torse nu et tatoué, cheveux longs flottant au vent sur son cheval, si bien propagé par le film. Celles-ci ne repartent point déçues puisqu’il y a bien sur de nombreux males du style, offrant à la touriste solitaire une visite intime dans leur “grotte secrète”... Moins comique néanmoins, la multiplication enregistrée des viols de touristes ayant sans doute mal compris le prix à payer pour ces “visites très privées”.

Sans doute gêné par l’atmosphère se dégradant sans cesse du foyer de nos hôtes, et le poids des non dits envers nous, ainsi que par les attitudes capitalo-capitalistes des habitants, je repartirais de l’ile moins enthousiaste que la première fois. Par chance, les quelques conversations passionnées sur les légendes de l’ile avec Estéban, de nombreuses nouvelles découvertes personnelles, et la présence de Mélanie à mes cotés, auront grandement contribués à me laisser néanmoins un bon souvenir de Rapa Nui. Deux visites de l’ile de Pâques sur une vie sont déjà une chance énorme. Je ne pense pas y faire une troisième fois le détour, afin d’en garder les bons souvenirs et les énigmes...

En quittant cette ile, nous quittions formellement le Chili et le monde hispanophone. Parler cette belle langue qu’est l’Espagnol me manquera...

Photos de Rapa Nui:
http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee/IleDePaques

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