lundi 6 octobre 2008

Tahiti et la Polynesie Francaise

Sable blanc, mer tuquoise et ciel bleu: Le cliche du paradis sur terre...

Malgré l’arrivée nocturne de l’oiseau de fer, Ukulélé et fleurs de jasmins, distribuées par de belles hôtesses, attendent les passagers sous une chaleur humide conformément à la tradition d’accueil des îles.

Mais, contrairement a la grande majorité de la cargaison humaine, aucun hôtel de luxe, ni croisière, ni tour groupe ne nous attend à la sortie des douanes pour nous remettre moult colliers de fleurs. Et le restant de la première nuit sera passé sur les bancs de l’aéroport à attendre que la sixième heure sonne pendant qu’un étrange personnage se surnommant lui-même Clovis nous entretient de toutes sortes de délires et nous bénis…

Avec le jour vient aussi le « truck », sorte de camion transformé en bus, dans lequel nous nous entasserons avec nos sacs et les gens partant au travail. Direction Papeete et son fameux marché couvert, de style colonial, où se vendent les paréos les moins chers de Polynésie. Accessoire indispensable au voyageur cheminant sous ces latitudes, à la fois draps de lit, essuie de bain, vêtement ou baluchon… Hélas, le meilleur vendeur de paréo, un réré (un homme vivant une vie de femme) qui m’en avait vendu un il y a 11 ans, a disparu, parti dans les îles…

L’extrême sympathie et chaleur humaine de la vendeuse de paréos qui gardera nos lourds sacs a dos pendant quelques heures, le temps de visiter un peu plus Papeete et y faire quelques emplettes, me surprendra positivement. L’atmosphère était franchement hostile lors de ma visite précédente.

Deux paréos, un masque et un tuba plus loin, il sera grand temps de quitter déjà l’ile de Tahiti pour sauter sur le ferry le moins cher qui nous mènera vers Moorea la sublime, l’ile voisine réputée pour ses plages et ses paysages « clichés de paradis ». Notre plan était d’y rester quelques jours avant de pousser un peu plus loin vers d’autres iles plus éloignées.

Par facilité et par désir de retracer, une fois de plus, mes pas, nous établirons notre camp au camping Nelson, très inconfortablement serrés dans la tente avec tout le matériel d’hivers, désormais moins utile. Si visuellement le lieu est resté pareil à lui-même, un bout de paradis tropical par excellence avec ses grands palmiers se courbant sous le ciel bleu au dessus des sables blancs et des eaux turquoise, le peu de sympathie des propriétaires s’est muée en antipathie glaciale et tres désagréable.

Nous déserterons vite ces gens semblant à tout prix vouloir faire fuir les rares clients potentiels, mais pas avant d’avoir fait deux rencontres marquantes :
D’abord celle de Tapu et Minarii, un couple de polynésiens travaillant a Papeete, venus passer le weekend ici avec leur pirogue à flotteur unique, qui se prendront d’amitié et de curiosité pour ce couple de belge faisant le tour de la terre.

Ensuite celle de Laura, Nico et Marie, sœur et couple venus de Lille pour accomplir une quête familiale très personnelle, rencontrés autour d’une noix de coco. C’est que ces noix, que l’on peut ramasser un peu partout sur la plage (et gratuitement, ce qui ne gâche rien dans des lieux aussi couteux que Tahiti), ont une cosse très épaisse, qui nécessite un « coupe coupe » pour arriver à la noix telle qu’elle est vendue dans nos supermarchés. Ayant ce genre d’outil dans mon sac, nous avons ouvert la coco et fait connaissance en agrémentant le jus avec un petit rhum local. Alors que nous portons cet apéritif improvisé à nos lèvres, des baleines à bosses feront quelques sauts majestueux hors des vagues, juste en dehors du récif qui protège le lagon, spectacle magique et impressionnant…

C’est en compagnie de ces derniers que nous changerons d’horizon, pour nous poser quelques trois cent mètres plus loin, au Moorea camping. A vrai dire, je ne me souviens pas d’une décision plus heureuse que ce déménagement ; ce fut tout de suite le coup de foudre avec ce le lieu sans doute plus rustique, bien moins cher (et pour une vrai chambre s’il vous plait), et agrémenté du grand sourire de Bénédicte, la charmante tenancière du lieu, qui nous ravit d’emblée.

Très rapidement, le petit groupe fait l’heureuse connaissance de Thomas, le gardien du lieu, bout en train et rassembleur qui s’est empressé de nous proposer de mettre quelques sous en commun pour préparer un « Maa’ a », repas traditionnel tahitien. Prudents au départ, nous avons d’abord marchandé le montant de la participation qu’il proposait. Méfiance inutile en découvrant la quantité et la qualité des aliments préparés, poissons et poulets attrapés par ses soins puis grillés au feu, du riz à l’œuf, du taro et d’autres légumes, et une sublime sauce à l’ail. Durant les agapes, Thomas nous présente Julien, cliché typique de l’homme Polynésien, grand, costaux, cheveux noirs long et tatouage tribal sur peau bronzée. Pourtant, loin d’être un tombeur professionnel habitué des touristes, comme on en trouve un peu partout (et il en a l’apparence), il s’avère être un homme charmant et timide, plongeur dans un ferme perlière située beaucoup plus loin dans les îles, en vacance dans son propre pays.

Je ne sais pas comment, mais ce repas fut le point d’orgue de cette série de rencontres, et le début d’une belle histoire d’amitié. Les jours se succéderont les uns aux autres, sans que nous ne réussissions à lever l’ancre, entre trempettes dans des eaux délicieuses, farniente (un mot normalement bannis de mon langage), promenades et récoltes de noix de coco, sur une plage quasi déserte depuis la fermeture des deux complexes les plus important du lieu, les défunts Club Med et Moorea Village, couronnés chaque fois par un repas de style communautaire où tous les plats sont partagés, sous les auspices de notre bon Thomas et du rire bon enfant et communicatif de Julien. Plus question de pot commun ni de participation financière, chacun apporte ce qu’il peut, bière, pates, riz, viandes, apéro, …, et presque invariablement de délicieux poissons péchés par notre gardien préféré durant l’après midi.

Nous ne décollerons plus, la compagnie de nos trois français et de nos amis polynésiens (aussi légalement français), agrémentée des conditions paradisiaques de Moorea nous suffisant amplement. Au diable le plan et à d’autres les îles plus lointaines…

Sur les quinze jours passés la, à ne pas faire grand-chose d’autres que se reposer et profiter de la vie, en amoureux ou entre amis, deux sorties s’imposeront néanmoins à notre petit groupe. Pour la première nous louerons a bon prix (bon pour nous), des kayaks soit disant de mer afin de traverser le lagon jusqu’aux motus (ilots de lagon), où l’on peut, parait-il, observer des raies et des petits requins de récifs. Les raies seront par deux fois au rendez-vous, véritable ballet aquatique envoutant, elles se passent les unes sur les autres, les unes autour des autres, tout autour de nous. Munis de nos masques et tubas nous irons les rejoindre, les plus grandes devant bien faire 1m50 d’envergure… Quelques instants à peine après être rentrés dans l’eau, trois formes plus effilées s’approchent… Tout de suite reconnaissables, ces petits requins d’1m50 à 2m de long nous mettront pourtant un peu mal à l’aise, et nous remonterons bien vite sur nos frêles esquifs de plastique, afin de les observer depuis la sécurité toute relative qu’ils procurent. Ils repartiront aussi vite qu’ils sont venus.

La deuxième que je mentionnerai fut une longue promenade qui allait nous mener jusqu'à l’intérieur de l’île en passant par le col des trois cocotiers. Une bonne marche a travers la jungle humide de l’ile, durant laquelle Julien nous montre plusieurs plantes locales et s’amuse à nous faire des couronnes de fougères, mène jusqu'à l’une des immenses brèches dans la lèvre de l’ancien cratère du volcan gigantesque que fut Moorea il y a de nombreux millénaires. Depuis le col, où ne pousse aucun cocotier, de très hautes falaises s’amincissant vers le sommet, ultimes témoignages de la taille impressionnante atteinte par le volcan, nous dominent sur les deux cotés telles des gardiens d’un sanctuaire intérieur. Vues des hauteurs, les couleurs saphir, turquoise et émeraude des eaux du lagon, font de l’ile toute entière un joyau somptueux digne d’être exhibé sur la poitrine de quelque divinité polynésienne de la mer. Peut être ces iles perdues au milieu de l’immensité aquatique sont-elles perçues comme telles par quelque esprit planétaire new âge… Le chemin poursuivra sa route dans la jungle intérieure, en passant à travers un lieu à l’atmosphère féerique dans lequel des centaines de petits cairns (empilements) de pierre sont disposés autour d’une source, jusqu'à d’anciens Marae, les enceintes sacrées de Polynésie où étaient honorés les ancêtres, situés en lisière de grands champs d’ananas. Nous reviendrons facilement en stop, non sans s’être d’abord arrêtés pour déguster quelques délicieux sorbets frais vendus au lycée agricole.

Le temps passe rapidement quand on ne fait que profiter de la douceur de vivre des tropiques, et le moment des adieux ne viendra que trop vite. Thomas nous préparera un repas particulièrement merveilleux le soir précédent le départ groupé et nous discuterons en nous amusant des choses simples de la vie bien tard le soir, en descendant canette après canette d’Hinano, la bière polynésienne. Julien disparaitra le matin du départ, peut être parti afin de dissimuler sa peine, et nous craindrons de ne pouvoir lui faire les adieux appropriés. Il réapparaitra une heure à peine avant le coup de sifflet, porteur d’un cadeau royal pour chaque couple et pour Laura: Une superbe perle noire… Il était parti voir son patron à Papeete pour négocier trois perles avec lui. Des perles à la culture desquelles il a participé… A ce jour, je suis toujours bouche bée devant ce présent somptueux.

L’heure fatidique tombant, les adieux seront remplis d’émotions, nos amis polynésiens, les larmes aux yeux, nous dirons avec fortes embrassades que jamais des « français » n’avaient été aussi gentils avec eux, que nous sommes les premiers à avoir adressé la parole à Julien lors d’un de ses congé au Moorea camping… Bénédicte, pleurant à chaudes larmes, passera des colliers de coquillages faits par sa maman autours du cou des filles. C’est donc le cœur serré que nous monterons dans le truck qui nous emmènera au ferry a destination de l’ile de Tahiti, et d’une nuit de plus sur les bancs de l’aéroport…

Et dire que, malgré la beauté incroyable des lieux, je n’avais guère aimé le climat humain de ces iles lors de ma première visite. Les gens y étaient alors franchement antipathiques si pas carrément agressifs… Que s’est-il passe en 10 ans ? Fut-ce juste la chance de rencontres différentes ?

La Polynésie que j’avais rencontrée jadis sortait à peine du choc des champignons (nucléaires) que Chirac avait fait pousser sur une de leur ile, déclenchant une haine de tous ceux qui étaient perçus comme « français », alors qu’elle était encore au sommet de son âge d’or touristique. Certains que, peu importe la façon dont ils les traitaient, les touristes continueraient toujours à affluer vers leur paradis terrestre, ils régnaient en maitres arrogants, avides et trop gourmands. Et les prix sont devenus insensés…

Dix années ont passés, et, bien que les gros resorts internationaux fassent encore le plein de clients fortunés, cet âge d’or est à présent derrière eux, détruit en grande partie par les propriétaires terriens, hôteliers, artisans, restaurateur et autres métiers du tourisme, voulant toujours plus de sous pour le privilège de visiter « leurs iles ». Aujourd’hui, les plages de Moorea sont agréablement vides, au grand désespoir des « petits » qui gagnaient leur vie en marge du tourisme.

Le Club Med a claqué la porte lorsque le propriétaire du terrain sur lequel il était établi a voulu multiplier par cinquante ( !) le prix de location du mètre carré, certain qu’il était que d’autres se jetteraient sur l’affaire le cas échéant. En attente depuis des années d’un improbable repreneur, les cases grands luxes et les bâtiments communautaires pourrissent lamentablement au bord de l’une des plus belles plages de l’ile, enfin ouverte à tous. L’histoire du Moorea Village, l’autre lieu branché du coin, qui offrait gratuitement des spectacles de danses polynésiennes, n’est guère plus élogieuse, avec le seul avantage que les cases en matériaux périssables ont déjà presque rejoint leur élément primordial.

Rajoutons à cela le fait que les voyageurs et touristes indépendants ne font guère plus un si long détour, effrayés sans doute par l’après 11 septembre et dégoutés par les sommes astronomiques qu’il faut débourser pour profiter de paysages que, sommes toutes, on peut trouver en Asie ou dans les Caraïbes pour une fraction de la distance et du cout. Comme quoi, la manne touristique peut se tarir…

La Polynésie n’a pas, non plus, été épargnée par une succession de scandales politiques et de dirigeants véreux détournant une grande partie, sinon tout, des subsides (au développement, sociaux, économiques,…) en provenance de « la métropole » (entendez la France continentale). Le « Président polynésien » actuel semble essayer de mettre un peu d’ordre dans ce fatras. En récompense de ses efforts, il se retrouve sous un feu nourri en provenance d’une opposition frustrée d’avoir perdu la poule aux œufs d’or, et bien déterminée à lui mettre des battons dans les roues, ne fut-ce que pour camoufler un peu plus longtemps ses exactions (dont une loi, vexante pour les voyageurs, interdisant aux bateaux reliant les iles de prendre plus qu’un nombre très limité de touristes afin de favoriser leurs actions dans la nouvelle ligne aérienne locale).

Etrangement, malgré un cout de la vie très élevé, une morosité économique latente, et la diminution dramatique du nombre de touristes, l’ambiance est incroyablement meilleure qu’il y a onze ans. A croire que les polynésiens sont redevenus fidèles à leur image d’accueil et de sympathie légendaire. Hormis deux exception notoires (les glaciaux tenanciers du camping Nelson, et la gérante de l’information touristique de Moorea, qui nous a carrément menti sur les promenades de l’ile afin d’essayer, sans succès, de nous vendre un tour guidé ultra cher), il m’aura fallu deux visites et onze années pour apprendre, finalement, à aimer ces iles et leurs habitants…

Tahiti reste dans mon esprit l’exemple qu’un changement positif d’attitude par rapport au tourisme est possible, et j’en repartirai les poches un peu moins remplies mais enchanté. Merci à Thomas et à Julien pour leur compagnie si formidablement agréable et pour l’amitié qu’ils nous ont témoignés, merci à Julien de m’avoir montré comment ouvrir une « coco sans coupe coupe », merci a eux de m’avoir permis de changer mon opinion sur la Polynésie…

Rapa Nui, l'Ile de Paques

Crepuscule sur une civilisation...

Après les rigueurs de l’hiver austral et des -15 degrés habituels, le climat tempéré de l’Ile de Pâques nous fit l’effet d’une bouffée de chaleur. Chaleur en apparence tout de suite communiquée par notre hôte, Estéban, un des fils de Marie de Puerto Montt, qui nous accueillera à l’aéroport en nous passant des colliers de fleurs atour du cou. Anthropologue, il était venu travailler sur l’Ile pour le parc national, emmenant avec lui sa femme et son fils. Il y est reste après la fin de son contrat, vivant de petits boulots et comme guide touristique.

Nous avions une semaine sur l’ile, petit bout rocheux de 28km dans sa plus grande longueur, perdu au milieu du Pacifique, à 4000km des cotes Chiliennes et à 3000 de Tahiti. Pourtant, malgré son isolation, l’Ile exerce une forte attraction sur un nombre sans cesse grandissant de touristes, le plus souvent en gros tours groupes, de voyageurs et autres baroudeurs. Tous ces gens, nous y compris, accourent ici a la rencontre du soi-disant “mystère de l’ile de Pâques”.

Entre 600 et 800 statues de grandes tailles, appelées Moais, se retrouvent un peu partout sur l’ile, côtoyant d’autres ruines, murs cyclopéens et de nombreux pétroglyphes. Quelle civilisation incroyable les a édifies, si loin de tout? D’ou venaient-ils? Pourquoi a t’elle disparu, et comment? Telles sont les questions habituelles des visiteurs de Rapa Nui, le nombril du monde, l’autre nom de l’ile. Si les hypothèses de réponses les plus probables paraissent moins excitantes que les questions, la simple présence massive de ces Moais, ou que l’on regarde sur cette ilot volcanique balayé par les vents suffit à plonger le voyageur dans une frénésie de la découverte.

L’histoire habituellement racontée parle d’un roi légendaire, Hotu Matua, qui serait arrivé avec son people à bord de grand canoës de mer, aux alentours de l’an mil (de notre ère). Ils auraient colonisé l’Ile, alors couverte d’arbres, et auraient commence à reproduire leur culte des ancêtres avec la pierre locale. Les villages se différencièrent, chacun ayant son Ahu (plateforme), parfois surmonté de Moais, regardant le village, et entrèrent en compétitions en fabricant des statues de plus en plus grandes, sous l’idée générale de “mes ancêtres sont mieux que tes ancêtres”... Quelque part Durant le 17eme siècle, un conflit accompagne d’un appauvrissement des ressources éclata, et les Moais furent jetés a terre ou simplement couchés. A peine un nouveau culte, celui du Make Make et de l’homme oiseau, englobant toute l’ile, vi le jour, que l’homme blanc arrivait sur ses bateaux, sonnant le glas de cette civilisation.

Sur 8 jours, nous en avons passé un a l’abri de la pluie chez nos hôtes, endurant les tensions internes d’un couple paraissant mal en point et peu heureux, et 7 autres à battre la sublime campagne rugueuse, mais inspiratrice, à la recherche des traces innombrables laissées par cette civilisation d’origine polynésienne dont les représentants ont presque disparus sous les coups des esclavagistes ou autres baleiniers passant par la au 18eme et 19emes siècles.

Sans décrire chacun des lieux visites, afin d’éviter une lecture longue et fastidieuse, voici néanmoins certains des lieux évocateurs que nos pieds ont foules.

Ahu Akivi, plateforme avec ses 7 Moais “regardant la mer” et qui représenteraient les 7 premiers explorateurs envoyés par Hotu Matua (rien n’est moins certain), que nous avons rejoins en passant a travers des champs de laves remplis de ruines de « maisons bateau » et de pétroglyphes représentants des tortues, étoiles, bateaux,..., sous la guidance de notre hôte Estéban par un beau dimanche ensoleille.

Ana Kai Tangata, et de nombreuses autres cavernes perdues, immenses et anciens tubes de lave courant sur des centaines de mètres sous la croute volcanique, signales par seulement quelques touffes plus épaisses. Car c’est à l’ abri des grottes effondrées que les jeunes arbres trouvent leur seule protection contre le vent, survivent et poussent.

Orongo, site cérémoniel compose de nombreuses “maisons” en pierre, situe sur une des lèvres éventées du cratère du volcan Rano Kau, au fond duquel repose un lac marécageux, et qui était, une fois l’an, le centre de toutes les attentions de l’ile lors du concours de l’homme oiseau, et du culte du Make Make. Durant le concours, les compétiteurs devaient descendre un flanc de falaise, nager jusqu’a un ilot rocheux dans une eau froide et malgré un fort courant, attendre l’arrivée des oiseau migrateurs, et essayer d’être le premier a trouver et a ramener un œuf. Celui qui gagnait devenait “l’homme oiseau” pour un an, et durant ce laps de temps son village dirigeait littéralement l’ile. Cette pratique serait survenue après la chute des Moais, et le soi-disant conflit.

Ahu Vinapu, avec ses Moais encore face contre terre, couches délibérément (c’est une des théories actuelles) ou renverses sauvagement, lors de “l’effondrement” ou de la mutation de la civilisation Rapa Nui, comme ce fut le cas partout ailleurs sur l’Ile. Un très beau site en bord de falaise maritime, qui mystifie encore certains chercheurs avec ses murs cyclopéens dont le style fait fortement penser a ceux de Cuzco, capitale des Incas. Murs qui ont conduit Tor Heyerdhall à échafauder sa théorie, a présent rejetée, selon laquelle les rapa nui étaient d’origine sud américaine.

Anakena, lieu légendaire de l’arrivée du roi Hotu Matua, ou se trouvent les 1er Moais relevés par Heyerdhall, sur leur plateforme jouxtant une sublime plage de sable rose bordée par la dernier palmerais de l’ile. C’est le cliché-illusion des tropiques...

Ahu Tongariki, la ou se trouvent les plus grands Moais jamais dressés (et redressés dans les années 50 par une équipe japonaise). 15 immenses statues, avec leurs moues typiques, leurs grands nez, leurs longues Oreilles, certaines avec leur pukao (chapeau de pierre rouge), vous dominent et vous surveillent du haut de leur bonne dizaine de mètre, et plus...

Pour finir par le volcan Rano Raraku, la carrière aux Moais, autour et au sein duquel reposent encore des dizaines de géants de pierre non ou plus ou moins achevés... Le plus grand d’entre eux, encore accroche a la paroi, aurait mesure 21m a sa naissance. Apres Orongo sur les bords du Rano Kau, le volcan Rano Raraku est l’autre point focal de la civilisation de l’ile, l’autre volcan avec un lac en son centre. Deux lacs, deux unique points d’eau permanents, le vrai trésor des rapa nui, leurs sources de vie.

Entre ces lieux, beaucoup d’autres se livrent aux visiteurs prêts à s’écarter un peu des sentiers battus. Les mountains bikes prêtés a cet effet par Estéban seront nos fideles coursiers et nous mèneront de ruines en ruines dans ce qui a du être pour Mélanie un véritable marathon des vieilles pierres.

Pourtant cette ile ne se résume pas qua son incroyable collection de grandes statues énigmatiques, c’est aussi un lieu sauvage et rude d’une incroyable beauté. Entre monts volcaniques de toutes les tailles, anciens champs de lave aux grands blocs de basaltes noirs, falaises, péninsules, ilots et un centre assez boise, entourée par des eaux tumultueuses, aux couleurs vives et nuances, qui se fracassent contre les roches côtières, parfois juste a cote des ruines oubliées, dans d’incroyables explosions d’écume blanchâtre, le tout sous des cieux sans cesse changeants, qui passent de grands nuages blancs a rayons de soleil et lumières superbes au gré d’un vent permanent, c’est un délice pour les yeux.

Ruines nombreuses et nature majestueuse, c’est dire combien l’archéologue voyageur que je suis a apprécié se retrouver à nouveau dans cet endroit envoutant...

Au niveau des impressions générales, les choses ont bien change depuis mon premier passage il y a 11 ans presqu’exactement.

Le tourisme a explose, les 10000 visiteurs par an de jadis ont gonfles jusqu’a 60000 l’an passé, amenant leur lot d’exigence et d’influences. Pas un jour ne passe sans être dépassés par de nombreux tours bus bourres à craquer, la ou avant on pouvait avoir un site pour soi seul.

L’attitude des locaux s’est muée d’amicale et accueillante en purement commercial (c’est à dire que l’on ressemble a des dollars ambulant pour eux), avec l’apparition de dizaines de nouveaux hôtels, restos, et pseudos guides racontant souvent vraiment n’importe quoi (non, même si j’aime les romans de science fiction, les Moais n’ont pas été faits par les descendants du people Mu ou atlante, ni par des extraterrestres désireux de s’essayer a la sculpture monumentale. Jusqu’a preuve du contraire...)

Les prix ont explosés, tant pour les visiteurs que pour les locaux. Tout coute 3 à 4 fois plus cher que sur le continent. Le camping libre et gratuit à coté des postes de gardes parc, et des Moais, sous la voute étoilée à la chaleur d’un feu de camp, est aujourd’hui formellement interdit, résultat d’un lobbying féroce des hôteliers locaux, accusant le parc de concurrence déloyale, malades a l’idée qu’une petit poignée de dollars puisse ainsi leur échapper. Finie donc la rencontre avec de charmants gardes vous invitant a partager un repas fait de magnifiques poissons ou langoustes pêchés par les soins de l’un d’eux...

Du bon coté (c’est relatif), les sites principaux, jadis libres et ouverts, se sont garnis de sentiers obligatoires desquels il ne faut même pas penser s’écarter. Précaution essentielle devant les déprédations infligées par des hordes de touristes se croyant tout permis parce que payant chers, assaillant quotidiennement et sans grands respect ces lieux exceptionnels.

A propos de cette véritable invasion touristique, aidée par le film “Rapa Nui”, Estéban nous racontera certaines anecdotes croustillantes:

Il semble qu’après la sortie du film dans les salles, de nombreuses touristes de la bourgeoisie chilienne ont commence à se ruer vers l’Ile de Pacques, imaginant une ile paradisiaque a la polynésienne. Certaines viennent pour les plages et la chaleur, et repartent incroyablement déçues “parce qu’il n’y a rien à faire ici”. Alors que d’autres, également peu attirées par les ruines “et ce genre de machins la”, viennent en nombre à la recherche d’un peu “d’amour tropical”, excitées par le cliché du male viril, torse nu et tatoué, cheveux longs flottant au vent sur son cheval, si bien propagé par le film. Celles-ci ne repartent point déçues puisqu’il y a bien sur de nombreux males du style, offrant à la touriste solitaire une visite intime dans leur “grotte secrète”... Moins comique néanmoins, la multiplication enregistrée des viols de touristes ayant sans doute mal compris le prix à payer pour ces “visites très privées”.

Sans doute gêné par l’atmosphère se dégradant sans cesse du foyer de nos hôtes, et le poids des non dits envers nous, ainsi que par les attitudes capitalo-capitalistes des habitants, je repartirais de l’ile moins enthousiaste que la première fois. Par chance, les quelques conversations passionnées sur les légendes de l’ile avec Estéban, de nombreuses nouvelles découvertes personnelles, et la présence de Mélanie à mes cotés, auront grandement contribués à me laisser néanmoins un bon souvenir de Rapa Nui. Deux visites de l’ile de Pâques sur une vie sont déjà une chance énorme. Je ne pense pas y faire une troisième fois le détour, afin d’en garder les bons souvenirs et les énigmes...

En quittant cette ile, nous quittions formellement le Chili et le monde hispanophone. Parler cette belle langue qu’est l’Espagnol me manquera...

Photos de Rapa Nui:
http://picasaweb.google.fr/atanaeldecyrdee/IleDePaques